Dar Skali : quand un programme pluriel devient territoire
Certains projets tiennent en un mot : une maison, une école, un atelier. D’autres refusent de se laisser résumer. Dar Skali, étude menée au Maroc par Germain & Associés (G&A’ studies, 2021), appartient à la seconde famille : habiter, créer, apprendre, cultiver et accueillir s’y rencontrent sur un même sol.
Un lieu, cinq manières de l’habiter
Le programme réunit des chambres d’hôtes, une résidence d’artistes, un studio de création, une galerie, des espaces de permaculture et des espaces communs. Pris séparément, chacun de ces usages appellerait son bâtiment, son entrée, sa logique propre. Réunis, ils exigent autre chose : une composition d’ensemble où les usages se nourrissent au lieu de se gêner.
C’est le propre des lieux hybrides. L’hôte de passage croise l’artiste en résidence ; le jardin cultivé nourrit la table commune ; la galerie donne une raison de venir, la permaculture une raison de rester. L’architecture n’est plus une somme de bâtiments : elle devient un écosystème.
Le vernaculaire comme langue commune
Pour tenir ensemble des usages aussi différents, l’étude ne convoque pas un geste architectural spectaculaire. Elle s’appuie sur l’architecture vernaculaire : les manières de bâtir du lieu, éprouvées par le climat et portées par la culture locale. Ce choix n’est pas une facilité ni une nostalgie — c’est une méthode. Le vernaculaire offre une langue commune à tous les programmes : mêmes matières, mêmes épaisseurs, mêmes rapports à l’ombre et au paysage.
Le projet peut alors dialoguer avec ce qui l’entoure au lieu de s’y imposer. L’échelle du jardin rejoint celle du territoire, sans rupture.
Vue du sol, vue du ciel
L’étude se lit à deux hauteurs. Vue du sol, c’est une succession de lieux de vie : on passe d’une cour à un atelier, d’une chambre à un jardin. Vue du ciel, c’est une stratégie d’ensemble : usages, circulations, biotope et culture locale s’organisent en masterplan.
Cette double lecture n’a rien d’anecdotique. Elle distingue les projets qui vieillissent bien de ceux qui se défont : un lieu pluriel sans stratégie d’ensemble devient un lotissement d’intentions ; une stratégie sans qualité des lieux de vie reste un schéma.
Ce que Dar Skali enseigne à tout maître d’ouvrage
La leçon dépasse le Maroc. Avant de dessiner, il faut définir : quels usages, pour qui, dans quel ordre de priorité, avec quelles synergies. C’est le travail de programmation en amont qui donne sa force au projet — et c’est précisément l’objet du cadrage d’opération que le cabinet propose en assistance à la maîtrise d’ouvrage (AMO) : poser le programme, les circulations et les arbitrages avant que le premier trait ne fige quoi que ce soit.
Quand programme, paysage et culture locale travaillent ensemble, l’architecture devient territoire.
Crédits : G&A’ studies, 2021 — Omar Essakalli, Mamoun Essakali, Sirine Ammour.

